Epic – Le jeu de cartes pas à collectionner sous amphétamines

I – Présentation

Fiche descriptive
Nombre de joueurs : 4 avec une boîte. Jusqu’à 8 avec deux ou trois boîtes
Durée : 15-30 minutes par partie
Mécaniques : draft, gestion de main, affrontement direct
Format de cartes : 63X88mm, format standard

Epic est un jeu de cartes créé en 2015 par White Wizards (dont le premier jeu est le très réussi Star Realms) suite à une campagne Kickstarter ayant reçu un très gros soutien. Il a été conçu par Darwin Kastle, ancien champion de Magic, et par Rob Dougherty, également ancien champion de Magic et co-créateur du jeu de deckbuilding Ascension ainsi que du jeu de cartes électroniques à collectionner SolForge, co-créé par le grand manitou Richard Garfield (Magic: the Gathering, Android: NetRunner, King of Tokyo). Epic a été créé sur les cendres encore chaudes d’Epic, le jeu de cartes à collectionner, dont il reprend les bases mais dont il n’est pas une extension. Il s’agit d’un jeu à part avec un modèle économique à part, et jouable avec uniquement une boîte, qui contient, en dehors des cartes promotionnelles, le jeu au complet.

Dans Epic, voyons grand : vous êtes un Dieu. Et vous n’aimez pas les autres dieux. Mais comme vous avez juste détruit toute trace de vie, de matière, et d’existence dans l’univers, vous ne pouvez plus, désormais, vous affronter directement. Vous le faites à présent par le truchement de champions qui répandront votre bonne, triste, sage, ou féroce parole selon la faction que vous adopterez. Vous userez également de sorts, pour détruire les champions de votre adversaire, revigorer les vôtres, ou tout plein de choses encore que les dieux aiment faire.

II – Le gameplay

1-Le concept

Epic, c’est comme si vous jouiez à Magic mais sans la lente construction de votre base de mana. Ici, vous entrez directement au tour 10 de Magic. Envie de poser une 30/30 dès le premier tour ? Faites, je vous en prie.
Les développeurs du jeu se sont penchés sur le cas du plus célèbre et plus vieux jeu de cartes à collectionner du monde et se sont demandé : qu’est-ce qui ne va pas avec Magic ? Qu’est-ce qui rebute les joueurs ?

1 : le prix. 15€ pour trois heures de jeu ? Ce n’est pas normal.
2 : le mana. 3 parties sur quatre sans intérêt parce que vous ne touchez pas vos terrains, votre adversaire ne touche pas ses terrains, ou à l’inverse vous ne touchez que vos terrains, ou qu’il est impossible de toucher vos couleurs ? Quel genre de jeu vous oblige à payer un deck 400€ pour vous ennuyer et être frustré ?

Parti de ce constat, Epic vous propose : une ressource par tour, non cumulable. Des cartes qui coûtent soit une, soit zéro ressources. Des formats de jeu à ne plus savoir qu’en faire. Le tout pour 15€ (comptez 18 chez vos revendeurs, post-marge.)

2-Le gameplay

Le système de ressource d’Epic est simple : au début de votre tour, vous recevez 1 pièce. A la fin de votre tour, si vous aviez une pièce, vous la perdez. Puis vous gagnez une pièce. Vous n’aurez donc jamais plus d’une pièce pendant un tour, que ce soit le votre ou celui de votre adversaire.
Il existe deux types de coût pour une carte : 1 pièce, ou 0 pièce. Vous pouvez jouer autant de cartes que vous le souhaitez lors d’un tour, pour peu que vous puissiez répondre à leurs exigences.
Vous le devinerez sans doute, les cartes les plus puissantes du jeu coûtent une pièce, et vous ne pourrez en jouer qu’une par tour. Et permettez-moi de vous dire que les choix vont être très, très difficiles !

Il existe deux types de cartes, et quatre couleurs de cartes.

Types :

Champion.  Un champion est une créature que vous invoquez pour qu’elle se batte pour vous. Elle peut attaquer un adversaire pour réduire son nombre de points de vie, vous défendre lorsque le champion d’un adversaire vous attaque, ou vous soutenir en vous offrant quelques effets magiques. Un champion ne peut être joué que pendant votre tour, sauf indication contraire.

Evénement. Un événement est un sort que vous lancez pour obtenir un effet, puis qui est placé dans votre pile de défausse. Les événements peuvent être joués pendant votre tour ou pendant le tour d’un de vos adversaires. Il en existe de toutes sortes, qui permettent de piocher, de détruire des champions, de gagner des points de vie, d’infliger des blessures, etc.

Factions :

Le bien.


Le bien, c’est bien. C’est plein d’honneur, d’anges, de points de vie, de licornes qui brillent, tout ça tout ça. Et puis ça tue le mal.

Le mal.

Le mal, ça n’est pas bien. Ca pullule de zombies, de démons, ça crée des apocalypses, ça assassine, tout ça.

[center][left]La sagesse.

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[/center]

La sagesse, ce n’est ni bien ni mal, mais ça contrôle, ça pioche, et l’air de rien, ça tape plutôt fort aussi. On temporise pas mal ici.

La sauvagerie.

Des dragons, des dinosaures et des boules de feu, tout ce qu’il faut pour se détendre !

3-Les mécanismes

Les mécanismes d’Epic sont :

– Les points de vie. Pour gagner, réduisez le total de points de vie de votre adversaire de 30 points de vie à 0. Ce total fluctue et peut dépasser 30, mais chaque joueur commence à 30 points de vie.

– La pioche. Si vous deviez piocher une carte, mais que votre pile de pioche est vide, vous gagnez la partie. Eh oui. Et avec uniquement 30 cartes dans votre pioche, ça peut aller très vite.

– Les factions. Plusieurs cartes vous permettent de bénéficier du fait de jouer une couleur en nombre. La loyauté : lorsque vous jouez une carte, si vous révélez deux cartes de la même couleur depuis votre main, vous obtenez une effet supplémentaire. Certaines cartes affichent également un symbole coloré dans leur zone de texte. Cela signifie qu’à chaque fois que vous jouez une carte de cette couleur et coûtant 1 pièce, vous déclencherez l’effet indiqué sur la première carte. De quoi déclencher des effets à la pelle.

– L’attaque. Contrairement à son illustre ancêtre, vous n’êtes pas limité à une phase d’attaque par tour, mais pouvez attaquer autant de fois que vous le souhaitez. Vous attaquez cependant par bandes. Si un membre de votre bande est bloqué, alors toute la bande est bloquée, et ce MEME si un membre de votre bande est imblocable. Les décisions sont difficiles à prendre et dépendront de ce que vous souhaitez faire sur le moment et de ce que vous craignez de voir en face de vous.

– Le limité. Epic est pensé pour être joué en draft avec vos potes, mais propose également pléthore de modes de jeu, et plus encore si vous possédez la version kickstarter et ses promos exclusives. Jeu en équipe, free for all, chasseur et chassé, archenemy, cube… Autant de formats qui parleront aux fans de Magic et qui vous donneront plein d’excuses pour vous réunir.

III – Pourquoi c’est bien (ou pas)

Pour :
Epic est riche ! 15€ pour 4 joueurs, 128 cartes de haute qualité, et des heures de stratégie et d’amusement facilement renouvelable ! De quoi vous dégoûter des jeux de cartes à collectionner si ce n’est déjà fait.
Epic est paramétrable ! 4 joueurs ne vous suffisent pas ? Une deuxième boîte et vous pourrez inviter 4 autres de vos amis. Une troisième et vous pourrez monter votre propre cube pour rendre vos parties encore plus folles ! Une boîte chacun et vous pourrez construire vos propres decks pour vous affronter !
Epic est épique ! Pas de problème de ressources, de l’interaction à tous les tours, des décisions difficiles à prendre, des créatures gigantesques et des effets démesurés… Le plus fumé des jeux de cartes, là où les cartes ne sont pas fumées puisque TOUTES les cartes sont fumées ! De quoi ravir le Timmy qui est en vous.

Contre :
Epic
est en Anglais ! Yes, sir. Pas de version française à l’horizon. Laissez-lui déjà le temps de faire sa sortie.
Epic n’est pas Magic ! Les événements ont plus de restriction que les éphémères, il n’y a pas de contresort, et rien n’attend réellement la profondeur d’un deck de M:tG.
Epic est brutal ! Difficile de jauger la puissance des cartes, et les premières parties, avec distribution aléatoire des cartes ou en Rochester Draft, peuvent s’avérer très très dures. J’en ai fait l’amère expérience : parfois, rien ne passe et la décullotée est cuisante. Tant pis, c’est comme ça qu’on progresse.

III – L’avis du Comboteur Fou

Epic a pour postulat de départ de remplacer Magic dans votre cœur et votre porte-monnaie, si l’on en croit Robert Dougherty, qui n’hésite pas à tirer dans les pattes du jeu qui lui a permis de lancer sa carrière.

Si ce postulat peut sembler présomptueux, c’est parce qu’il l’est. Avec seulement 140 cartes différentes (j’ai fait la campagne Kicksarter), et deux types de cartes, Epic est très, très loin de la richesse stratégique que propose un Magic. Et d’autres jeux d’affrontement jouent déjà sur ce terrain, et en diablement mieux ! Summoner’s WarAshesMight and Magic: Duel of Champions, Hearthstone, il y en a pour tous les goûts.

Autre point qui fâche, et qui est également bien mieux réussi chez la concurrence : les illustrations. Epic s’est appuyé sur la base d’illustrations soit-disant magnifiques pour se lancer et se promouvoir. Sauf qu’une fois les cartes en main, au-delà de l’aspect intensément générique de l’univers (je ne parlerai pas des noms des cartes, mais ils y contribuent), il est tôt fait de constater que le sexisme bas-de-plafond est omniprésent (femmes = grosse poitrine peu ou prou protégée des attaques à main armée, hommes = tas de muscles) à une ou deux exceptions près. Mais en y regardant de plus près, c’est surtout le côté contour maladroit et retouché qui me gêne sur les artworks, un petit côté patchwork mal photoshopé qui enlève de la cohérence aux dessins et fait très, très amateur.

Côté gameplay, le jeu est mal équilibré, avec du jaune qui pond des tonnes de tokens qui ne serviront à rien, le vert qui cogne très, trop fort, et le rouge qui détruit tout ce qui bouge à tour de bras. La sensation de puissance est là, rien à redire. Mais on se retrouve bien souvent avec une balance qui commence à pencher d’un côté en début de partie, et qui… Continue de pencher dans le même sens, de plus en plus fort, en fin de partie.

White Wizard Games s’est lancé avec Star Realms sur un créneau consistant à prendre un jeu populaire, et à le transformer en jeu gros bill, enfonçant les portes de ses mécanismes à coups de bottes cloutées crachant du feu et remplies de 10 tonnes du métal le plus brutal de l’univers. Et a recommencé ici avec Epic. Absolument pas subtil, le jeu est divertissant cinq minutes mais ne trompe personne sur son aspect stratégique.

J’apprécie beaucoup de ne pas à me confronter à des problèmes de ressources qui m’ont fait arrêter Magic au préalable, et le fait de n’avoir qu’une pièce par tour vous fera parfois vraiment vous creuser la tête pour savoir quoi jouer.

J’apprécie également les bonus du Kickstarter, bienvenus, qui ajoutent de nouveaux modes de jeu et de nouvelles cartes histoire d’éviter la redondance d’un jeu dont le pool de cartes est encore trop limité. Mais là encore, les decklists sont très mal équilibrées.

Attention, si vous commencez ce jeu, ne passez pas par l’étape de distribution aléatoire de trente cartes par joueur, car il s’agit du meilleur moyen de s’en dégoûter. Essayez plutôt les pré-construits par couleur.

Pour conclure, le Comboteur est déçu par Epic, mais il l’aime bien quand même et lui laisse sa chance parmi la myriade de jeux d’affrontement de magiciens qui sort en ce moment, et jusqu’à avoir trouvé mieux. Le Comboteur lui attribue une note de

5/10

 

Epic et les images d'illustration de cet article sont la propriété de White Wizard Games.
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